Montagne, nature, art d'altitude

Bestiaires des Alpes

Jean-Marc Rochette

 

22 dessins naturalistes au lavis et textes inédits,

complétés d'aquarelles de paysages de l'Oisans.

Format à l'italienne 250×210 mm.

Couverture cartonnée, papier offset.

Impression UV. Prix : 29 €.

À paraître le 06 avril.

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Parce qu'ils partagent la même écorce, arpentent les mêmes territoires, les pas dans les mêmes sentes, le long des mêmes parois ; c'est avec évidence que le peintre les immortalise sous son pinceau.

Des lavis expressifs et un coup de plume vif pour saisir avec beaucoup d'acuité les postures de chasse, de guet, les attaques et les envols. Et toujours cette profonde humanité saisie au détour d'une expression, d'un regard.

Renard, chocard, loup, hermine, chamois, gypaète, mulot, comme autant de frères de sang, de compagnons de massif.

 

 

 

 

Elle vient peut-être du Mercantour, du Diois, d’Italie où d’Anatolie, cette nuit là, elle entre silencieuse, prudente et furtive, dans la vallée. C’est la première de son espèce à revenir ici depuis deux cents ans, à ses côté se tient un louveteau, il est né il y a huit semaines, il est blanc. La louve connait les hommes, elle sait qu’il faut s’en tenir éloignée. Mais ici tout semble vide. Pas de lumières qui brillent étrangement, seulement la nuit. Et pas d’odeur d’autres loups, la place semble vacante.

Quittant la vallée principale, elle se dirige à travers la forêt, vers le vallon de la Mariande. Sous les arbres, elle sent comme une promesse de vie, des odeurs de chamois, de chevreuils, de sangliers, de mulots, de marmottes. Si un mâle la rejoint un jour, ils pourront former une meute. Le louveteau la suit, il est déjà vigoureux, c’est le seul survivant d’une portée de six. Depuis quelques jours il est sevré, maintenant il se nourrit de la viande que sa mère régurgite. Á l’orée de la forêt, elle trouve un abris dans un éboulis, cette grande pierre les protégera de la pluie, de la neige, et du vent glacial, une louvière parfaite pour passer l’hiver. Á cinquante mètres coule un petit torrent, au dessus commence l’alpage couvert de myrtilles, de framboises, et de fleurs. Plus haut encore s’ouvre un vallon immense avec en son centre un lac d’altitude aux eaux limpides où des sommets couverts de glaciers se reflètent. Ils se lovent l’un contre l’autre, et dans une systole de soulagement, s’endorment."